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Le MBARI, ou la recherche avec vue sur les profondeurs
De la fenêtre des bureaux du Monterey Bay Aquarium Research Institute (MBARI), le visiteur peut surveiller la qualité des vagues se brisant sur la plage de Moss Landing. Il voit aussi un piquet, planté en mer à une cinquantaine de mètres au large en face du bâtiment : le début du canyon de Monterey. C’est pour lui que le laboratoire s’est installé ici, à une demi-heure de route de la ville. À côté d’autres centres de recherche eux aussi fascinés par cette baie exceptionnelle. Mais le MBARI n’est pas un organisme comme les autres. Par son origine et son mode de fonctionnement, il apporte quelque chose de nouveau à la recherche océanographique. Son origine est trahie par son nom : il est né dans la lignée de l’Aquarium de Monterey. Mais l’idée est venue de Bruce Robison, un chercheur qui, en septembre 1985, avait effectué 55 plongées en baie de Monterey à bord du Deep Rover, une sorte de 4X4 des profondeurs capable d’atteindre les 1 000 mètres. Pour rapporter des éléments exploitables sur la durée, Robison avait fait installer une caméra de haute qualité sur le sous-marin. Et le résultat fut stupéfiant, donnant des idées au mécène de l’aquarium de Monterey, David Packard. Ce dernier organisa un comité de réflexion pour la création d’un laboratoire dont l’existence devait être justifiée par des axes de recherche très distincts des autres centres, et remplissant des missions essentielles un peu laissées en déshérence par les autres institutions. Packard réalisait que la baie de Monterey était, avec son canyon à plus de 2000 mètres de fond, un endroit unique, un microcosme de la planète Océan. Mais que les outils pour l’exploration étaient notoirement insuffisants. Quatre axes furent alors déterminés : les ROV (Remote Operated Vehicle, robots téléguidés) ; les instruments d’analyses chimiques ; les communications et – peu étonnant de la part du fondateur de HP – l’utilisation plus poussée des ordinateurs ; enfin, l’utilisation des trois premiers pour la recherche de haut niveau. Côté financement, David Packard souhaitait dans un premier temps y affecter une part des bénéfices de l’Aquarium. Mais sa famille ne partageait pas cette vision. Pour elle, cet argent devait être réinvesti directement dans les expositions vers le grand public. « Je n’ai pas voulu que ce soit un débat entre nous, raconta le mécène. J’ai donc décidé de monter un institut séparé ». Ayant été ministre-adjoint de la défense dans le gouvernement Nixon, entre 1969 et 1971, et donc l’un de ceux qui ont financé la recherche américaine, Packard savait la perte d’énergie des scientifiques devant courir derrière les budgets. Il décida donc de les libérer de ce souci en garantissant l’économie à long terme du centre de recherche. Le milliardaire aux poches profondes remit 50 millions de dollars dans un fonds destiné à couvrir les 5 millions de budget annuel (en 1987). Dix-huit ans plus tard, le système marche toujours, mais le fonds a prospéré. La fondation Packard assure 75 % du budget du MBARI, soit un chèque annuel de l’ordre, désormais, de 32 millions de dollars. Le reste vient de contrats gouvernementaux ou privés, et de dons. Et le mode de fonctionnement du MBARI respecte la volonté de son initiateur : scientifiques, ingénieurs et techniciens opérationnels (sur les bateaux notamment) travaillent ensemble pour fournir de meilleurs outils à la communauté scientifique (voir page 34). Les chercheurs du MBARI sont bien sûr les premiers à utiliser ces instruments. Bruce Robison, qui a rejoint le MBARI, continue à observer la fosse, même si c’est désormais le plus souvent devant l’écran de contrôle du ROV. Des dizaines d’espèces inconnues ont été découvertes (voir page 40) et des phénomènes, eux aussi inconnus, étudiés. Et ce n’est pas fini. Les AUV, sous-marins télécommandés, sont venus compléter l’arsenal des chercheurs. Les ingénieurs rêvent désormais (voir page 34) d’installer ces espions du large à demeure par 2 000 mètres de fond. David Packard aurait adoré voir cela.
(Cet article est extrait d'un ensemble sur le MBARI, issu d'un dossier sur la baie de Monterey paru dans Nautilus n°3)

1 commentaire(s) à cet article
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