Tout le monde semble dans les starting-blocks, les yeux
rivés sur l’Arctique. Pas forcément pour les mêmes raisons. Les uns scrutent la
banquise observant impuissants l’évidente accélération de la fonte des glaces,
les autres semblent moins bouleversés par ce changement climatique aux
conséquences difficilement prévisibles et se positionnent doucement sur
l’échiquier pour mieux revendiquer, le moment venu, la (riche) propriété de ce
territoire jusqu’ici inviolé.
En envoyant en août dernier un pétrolier explorer la route de l’Arctique pour rejoindre la
Chine, la Russie affichait clairement son intention d’exploiter cette voie
maritime le moment venu, et très vite si possible. Sauf qu’aujourd’hui
l’entreprise pourrait se révéler dramatique quand on sait que seuls 10 % de la
région Arctique sont cartographiés. Même précédé de deux brise-glaces à
propulsion nucléaire, le Taïmyr et le Rossia, le Baltika russe nous fait frémir quand on pense à
la méconnaissance de la zone navigable.
Selon la société propriétaire du Baltika, Sovkomflot, ce
voyage expérimental vise à déterminer la faisabilité de livraisons d’hydrocarbures régulières
par la voie maritime du Nord vers les marchés du Sud-Est asiatique. Certes
cette voie raccourcie le parcours total de 9200 kilomètres, mais le risque est énorme. Comment porter
secours à un pétrolier éventré dans cette région ? quelles conséquences
sur cette nature qui n’a encore révélé que très peu de ses secrets ?
Le 27 août dernier, un bateau de croisière, le
Clipper-Adventurer heurtait un récif à l’entrée Ouest du passage du Nord-Ouest.
Le capitaine déclarait alors que le rocher qu’il venait de toucher ne figurait
pas sur les cartes. Quelques jours plus tard, le 1er septembre,
c’était au tour du Nanny de s’échouer, dans cette même région, sur un banc de
sable. Le petit pétrolier, heureusement doté d’une double coque, allait
ravitailler les communautés Inuits au Nannavut.
Selon les experts de la région Arctique, seuls 10% de la
région sont aujourd’hui cartographiés de façon satisfaisante. Le directeur de
la région arctique au service hydrographique du Canada précise, quant à lui,
qu’il est d’autant plus compliqué de recueillir des données géographiques de
cette région immense (7 millions de kilomètres carrés soit environ les deux
tiers de l’Europe) en raison d’une saison très courte permettant de travailler.
La véritable urgence aujourd’hui ne serait–elle donc pas de
cartographier de façon précise la région avant de se lancer à l’assaut de ses
eaux difficiles ?
Mais l’Arctique a le tort de cacher des richesses qui résonnent
bien plus fortement dans les oreilles des exploitants de gaz et de pétrole que
de pures considérations écologiques ou de sécurité. Des richesses naturelles
jusqu’ici présumées (on parle de 13 % des réserves de pétrole et 30% de gaz non
découvertes de la planète) sont à l’origine depuis déjà plusieurs années de
vives discussions entre la Russie, les Etats-Unis, le Canada, le Norvège et le
Danemark. Tous revendiquent leur part du plateau continental sous-marin et
exigent une extension de leur zone économique.
On s’en souvient, en 2007 la Russie donnait le ton en
plantant son drapeau par 4000 mètres de fond sous le Pôle Nord… Joli symbole
qui ne laisse pas beaucoup d’espoirs quant aux considérations qui l’emporteront
le jour où la glace se brisera, définitivement cette fois.
(Photo Noaa)