77 jours : c’est le temps qu’il aura fallu à la
navigatrice Anne Quéméré pour gagner son nouveau pari : traverser l’océan
Pacifique en Kite-boat. Soit 3 792 milles nautiques (7 032 km) tirée par une
voile de cerf-volant.
Partie du Pérou le 3 mars dernier, la Quimpéroise a coupé la
ligne d’arrivée dans l'archipel des Tuamotu en Polynésie française. Un peu plus
tôt que prévu certes puisque l’arrivée initialement prévue était située un
millier de kilomètres plus à l’Ouest à Tahiti. La raison : une rupture de
sa commande de safran (gouvernail) rendant son embarcation difficilement
manoeuvrable entre les atolls coralliens de Polynésie.
Il faut dire que, comme dans toute bonne traversée, les
surprises et difficultés n’auront pas manqué. À commencer par les multiples
avaries de son gouvernail, ou encore les lignes de son aile qui lui ont
également joué des tours se rompant régulièrement. Enfin, le dessalinisateur
qui a donné des sueurs froides à la Bretonne, une panne dramatique sur un
bateau puisque sans eau douce on ne vit pas très longtemps perdu en plein
océan.
Une autre panne attendait encore la navigatrice. Trois
semaines après avoir quitté Lima, Anne Quéméré ne répondait plus à son équipe
au sol. Un silence qui allait durer… 50 jours. Le déplacement de l’embarcation
était suivi grâce à la balise satellite mais impossible de savoir si elle était
à bord.
Sur l’eau, la Bretonne a souffert de ce silence
assourdissant. Un long silence qui n’est pas sans rappeler celui de Gérard d’Aboville
qui en 1980 a ramé lui aussi longtemps sans le moindre contact.
C’est finalement un cargo mandaté par le Cross Gris-Nez qui
mettra fin au calvaire. Localisée, la navigatrice a été très rapidement
rejointe par un voilier qui a pu lui apporter les vivres qui lui faisaient
cruellement défaut.
Avec cette nouvelle traversée Anne Quéméré ajoute donc une
nouvelle ligne à son palmarès déjà très respectable. Souvenez-vous :
Décembre 2002 : traversée de l’Atlantique par la route
des alizés à l’aviron, en solitaire et sans assistance.
Juin 2004 : traversée de l’Atlantique Nord à l’aviron,
en solitaire et toujours sans assistance.
Juin 2006 : traversée de l’Atlantique Nord en kite, en
solitaire et sans assistance, une première mondiale.
Chaque fois le pari est gagné, chaque fois l’envie de
repartir renaît.
Durant cette dernière traversée, la navigatrice n’aura vu
aucun animal à l’exception de poissons volants qui se jetaient
consciencieusement sur son bateau. Une solitude extrême, le prix peut-être de
cette énorme victoire sur elle-même qu’elle savoure aujourd’hui.
Une
nouvelle fois l’océan a donc laissé passer Anné Quéméré car comme le dit la
navigatrice :
« aussi puissante soit notre détermination, aussi
inusable soit notre énergie, c’est bien l’océan et lui seul qui au final,
décide ou non de nous laisser passer ».